Myself As...

When does your portrait become mine? I have always been particularly drawn to portraits, standing before them curious about the person, wondering what they might be feeling or thinking. Perhaps we have all had a desire to crawl inside a painting at some point, to be somewhere else, to be someone else, to invent another world for oneself. I have often wanted to be that person for just one moment in time. Myself As… is an extension of that desire, but it has a double significance. By appropriating portraits from the internet I am at once living a childhood dream while allowing myself to be an imposter, a thief. The images not only speak to my desire to be someone else, they also compel me to question the validity of the personal portrait. As I recompose them, I am forced to ask whether in today’s digital culture a portrait can have any real significance at all. In a world saturated with identity theft and online government spying there is a growing anxiety about losing what one holds to be most basic to human nature – one’s unique character and inimitability. How much of the original was true to begin with? How much was an idealized or romanticized vision by the artist? How much of myself is real and how easily can someone come and take my place?

Quand est-ce que le portrait d’un autre devient le mien? Depuis la jeune enfance, j’ai eu une fascination pour les portraits. Ma mère, qui adorait visiter les musées de toute les villes que l’on découvrait pendant nos voyages, me trimbalait avec elle dans ces grands halls où résidaient les oeuvres les plus précieuses et connues. La plupart du temps j’étais énervée, voulant faire des sorties plus ludiques et appropriées pour une gamine de 7 - 9 ans. Mais quand je me retrouvait face aux portraits, j’étais soudainement séduite. Je restais fixe devant le regard d’un individu en me posant plein de questions sur sa vie. Je voulais le connaître, je voulais connaître ses habitudes, ses envies, son passé, ses succès et ses peines. J’avais l’impression d’être transpercée par le temps et je ne voulais qu’une chose, me fondre dans l’identité de l’autre pour un instant, de le connaître depuis l’intérieur du portrait. Peut-être que nous avons tous eu ce désir de s’introduire dans un portrait ou un paysage, d’être quelqu’un d’autre, d’être ailleurs, de se réinventer un nouveau monde. La série “Myself As…” est une extension de ce désir d’enfance, mais elle est née avec une double signification. Le premier portrait était un échappatoire. Mère moi-même d’un jeune garçon de 6 ans et me sentant confinée dans une vie de foyer qui me vidait de mon énergie et réduisait mon quotidien à l’essentiel, ma vie intellectuelle et ma liberté me manquaient. Je savais que c’était un moment transitoire mais j’avais un besoin de trouver un moyen de m’extirper de la maison, de sortir de la routine. J’habitais à Atlanta, USA à l’époque. Les distances et le temps des trajets étaient contraignants. Alors, je “voyageais” sur le web. Je visitais les musées et leurs oeuvres à travers les sites internet et encore une fois je me retrouvais devant ces portraits qui me séduisaient autant que dans mon enfance. Les questions n’étaient pas tout à fait les mêmes car je n’étais pas tout à fait la même. J’étais surtout attirée par les portraits des femmes en me demandant quelle était leur vie…est-ce qu’elles étaient mères, épouses, etc. Et comment elle le vivaient ? Comment elles le sentaient ? Même si l’interprétation de l’artiste n’avait pas toujours un lien à la vie réelle du sujet, je voulais en savoir plus sur le modèle. Je me suis dis, “si seulement on pouvait changer de place…” et c’est cela qui a été le point de départ de ce projet. J’ai décidé de me mettre à leur place en ajoutant des éléments modernes et significatifs de mon quotidien personnel. En réinterprétant ces portraits à ma façon, je me suis aussi posée beaucoup de questions sur l’identité et l’authenticité du portrait en général. J’avais l’impression de voler l’identité de l’autre, de voler l’interprétation des artistes en m’appropriant leurs travail. Cela me faisait réfléchir sur le problème de l’usurpation d’identité. Avec les nouvelles technologies et la facilité de trouver du matériel grace à internet, est-ce que le portrait peut avoir la même signification que dans le passé ? Vivant dans un monde qui aujourd’hui facilite ce type de vol d’identité, est-ce qu’on est en train de perdre ce qui est une des choses les plus basiques de la nature humaine…notre inimitabilité ? Et puis, de toute façon, à quel point est-ce que l’original est vrai ? À quel point l’original à été une vision idéalisée ou romancée par l’artiste ou par soi-même ? Jusqu’à quel point ma vie m’appartient et avec quelle facilité n’importe qui peut me la voler ?

© Sandrine Arons 2022